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Intik
Groupe phare du rap algérien, ils sont quatre -comme les Mousquetaires, ou les éléments- et sont très nerveux. Parlant sans détour de la corruption, des disparus, des femmes violées, du terrorisme au quotidien... Bref, de l'Algérie d'aujourd'hui, sur fond de samples très travaillés, ils chantent en dépit des menaces et leur courage n'égale que leur talent.
Le Rap en Algérie est un véritable phénomène de société. Musique de contestation par excellence, il est aussi bien écouté par les jeunes (70% de la population) que par des gens d'une soixantaine d'années. Tout a commencé le 5 octobre 1988, "une date qui n'existe plus" ironise les Algérois, lorsque les chars ont foncé sur des jeunes qui manifestaient en masse. Profondément traumatisés (on le serait à moins...), les jeunes d'Alger ont basculé dans le maquis, la résistance. Et cette résistance est naturellement passée par la musique, plus particulièrement le rap, non seulement parce que c'était la mode du moment, mais surtout parce que c'est un style où les textes ont une grande importance. Et les choses à dire ne manquaient pas...
Le début des années 90 voit donc éclore toute une scène rap à Alger. Des jeunes -le plus souvent sans emploi- prennent la relève des intellectuels pour dénoncer à leur tour les abus du pouvoir, les détournements, les violences terroristes et les brutalités policières. Mais ils le font à leur manière, sans mâcher leurs mots, dédaignant les menaces d'un air bravache. Ils n'ont plus rien à perdre. Mettant intégristes et politiciens véreux dans le même sac, ils dressent un tableau sans pitié de la société algérienne.C'est dans ce contexte proche de l'explosion sociale permanente que Rheda et ses potes Nabil et Samir commencent à écrire leurs chansons. Ils rencontrent Youcef qui, lui, est plus branché ragga muffin. Il a d'ailleurs travaillé avec Rasto, le premier toaster algérien. Les groupes de rap tournent dans un circuit clandestin, vendant leurs cassettes sous le manteau. Très vite, Intik devient l'un des fers de lance de cette scène parallèle aux côtés des Hamma et de MBS (Micro Brise le Silence). Et ils côtoient Souad Massi, jeune chanteuse qui, elle aussi, chante sa colère sur un mode plus proche du folk rock. "Nous avons scellé notre amitié dans de drôles de circonstances, raconte Souad. Nous avions été invités dans une soirée à 4 ou 5 km d'Alger. Et, lorsque nous avons voulu repartir, vers 4 heures du matin, aucun taxi n'a accepté de nous prendre. Dès qu'ils nous reconnaissaient, ils avaient peur de subir des représailles de la part des intégristes. Nous avons donc dû rentrer chez nous à pieds. Mais, pour ça, il a fallu traverser le quartier des casernes, puis celui des égorgeurs. Si quelqu'un nous avait vus, c'était fini. On a marché et on a rigolé pendant tout le trajet. On est cons, d'ailleurs, parce qu'on rigolait fort...". Et des anecdotes comme celle-ci, les Intiks en ont plein. Mais ils les racontent sans ostentation, comme ça, au détour d'une conversation, et s'ils vous connaissent. Pas question de se poser en martyres. Se faire plaindre, c'est pas leur genre. Pourtant, malgré leur jeune âge, ils en ont vu. En se tordant de rire, ils vous racontent ce fameux concert où, au bas de la scène, les policiers agitaient des menottes avec de mauvais rictus. Pour échapper aux flics, ils ont littéralement mis le feu, invitant les spectateurs à monter danser sur scène. Profitant de l'hystérie du public, ils ont fuit en courant par un côté de la scène, abandonnant toutes leurs affaires dans les loges et vivant cachés durant trois semaines.
En 1998, Intik et leurs potes (Hamma et MBS) débarquent à Marseille invités par Imhotep au festival "Logique Hip Hop". Il en sortira une compilation, "Algerap", et une constatation évidente: s'ils veulent se donner les moyens de pouvoir s'exprimer, ces champions de la liberté d'expression doivent rester en France. Après pas mal de galères et un contrat avec Sony, ils sortent un premier album en 1999. Mélangeant avec finesse hip hop, ragga, chaâbi et groove, sur des textes engagés et humanistes, ils font un disque excellent. Ils y dénoncent avec rage l'injustice, l'inconscience du pouvoir, les bombes au quotidien, les disparus dont personne ne parle... Il faut les voir sur scène. Là où leurs collègues de MBS se comportent plus comme des pitbulls, eux tournent et virent sans arrêt tels des félins en cage.En argot algérois, "Intik" signifie "Ca baigne", pirouette ironique à dire avec un sourire en coin au milieu des pires galères, au cœur des fusillades, pour mieux narguer ceux qui essaient de les faire taire.
Magali Bergès
Source: www.mondomix.com
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